familles bilingues

Cycle « Histoires de familles bilingues »

Je vous propose un cycle « Les histoires de familles bilingues » qui raconte des trajectoires linguistiques des familles que je soutiens dans le cadre du programme d’accompagnement à l’éducation bilingue.

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de Natasha et d’Alexis*. Natasha est d’origine russe, son mari est Français. Ils ont deux enfants : Alexis, cinq ans et Nina, huit mois. Natasha parle aux enfants exclusivement en russe. Son mari qui ne parle pas russe (même s’il a essayé de l’apprendre), la soutient.

« Ici, on parle français…. »

Natasha choisit mon programme car, depuis quelques temps, Alexis avait non seulement arrêté de lui répondre en russe, mais aussi insista qu’elle lui parlât en français. « Ici, on parle français » – lui disait-il. Il arrivait parfois qu’il se mît à pleurer quand Natasha continuait en russe.

La situation était difficile. D’un côté, Natasha ne voulait surtout pas renoncer à sa langue, tout en s’inquiétant de sa relation avec Alexis. De l’autre, Alexis refusait, se révoltait, rejetait le russe, choisissant de plus en plus souvent la compagnie de son père. La présence de Nina complexifiait les choses : Natasha avait moins de temps pour son fils et se posait la question comment éviter que cette situation ne se reproduisît avec sa fille.

Natasha, d’abord…

Nous commençâmes à travailler ensemble. La première étape fut de revoir l’attitude de Natasha, qui étant perfectionniste, ne supportait pas les échecs. Il s’agissait de modifier ses réactions à des contrariétés pour les approcher de façon moins frontale. Au lieu d’utiliser la contrainte, il valait mieux essayer de dédramatiser la situation.

… Alexis ensuite

Ensuite, nous nous occupâmes (c’est-à-dire : Natasha, selon mes propositions) de l’attitude d’Alexis vis-à-vis de la langue russe. Très motivée (ce qui est indispensable pour avancer) Natasha suivait le plan d’actions que nous avions défini ensemble. Pendant nos sessions en ligne nous adaptions les moyens utilisés aux réactions d’Alexis. Grâce aux jeux, aux histoires et d’autres activités que nous choisîmes, la reluctance céda la place à la curiosité. Petit à petit nous contribuâmes au changement de l’image qu’Alexis avait de la Russie, en valorisant quelques éléments de la culture russe qui l’attirait particulièrement. Les histoires de Ded Moroz s’avérèrent très utiles. (Sûrement parce que nous étions en décembre.)

Vers la réussite!

Ainsi, ce qui auparavant était perçu par Alexis comme une contrainte, se transforma en plaisir. Au point qu’Alexis devint fier de ses racines russes.

Quelle joie ce fut pour moi quand Natasha me rapporta ce qu’Alexis répétait autour de lui : « Je suis deux fois plus : Français et Russe. » Natasha, très fière elle aussi, expliquait ce que cela signifiait pour Alexis.

Comme s’il voulait confirmait ces mots, Alexis commença à répondre à sa maman en russe. Au début, il mettait un ou deux mots russes dans ses phrases françaises, ou il répondait par des mots (en russe). Ensuite, il essaya de répéter après Natasha. Un jour, Alexis demanda s’il était possible de « programmer » le cerveau de manière à ce que le français ne l’empêchât pas de parler le russe. Là, Natasha comprit que le pire était derrière eux. Bien sûr, cela ne voulait pas dire que tout était fait une fois pour toutes. Mais au moins ils gagnèrent cette partie-là. Les efforts de Natasha et d’Alexis (sans oublier la petite Nina) continuent. Sauf qu’aujourd’hui l’ambiance est plus sereine et plus apaisée.

Inspiration pour nous, les familles bilingues

Que pensez-vous de cette trajectoire de Natasha et d’Alexis ? Elle montrer quel rôle peut jouer la culture dans l’appropriation de la langue minoritaire. C’est un levier extraordinaire pour créer un lien et donner du sens à l’utilisation de cette langue par l’enfant dans les familles bilingues.

Si vous aussi, vous avez besoin de soutien, parlons-en. Je vous propose un rendez-vous téléphonique (offert) pour voir ensemble comment nous pourrons aider votre enfant à parler votre langue maternelle grâce au programme d’accompagnement.

Pour prendre un rendez-vous, c’est ici 🙂

 *Les prénoms ont été changés. Et la photo ne présente pas Natasha et Alexis.

Si vous souhaitez partager avec nous votre réflexion, je vous invite à le faire dans les commentaires de l’article.