Moins de langues

Moins de langues? Comment ça? Pourtant on nous dit souvent que le cerveau de l’enfant est tellement « absorbant » qu’il peut apprendre plusieurs langues simultanément. Et de façon plus rapide qu’un adulte. Bien évidemment, sauf qu’il y a « apprendre » et « apprendre ». Je me rends compte que cet article ne plaira pas à tout le monde. Certains ne seront pas d’accord avec son contenu. Mais comme cette réflexion est confirmée par des études menées par des linguistes, je me suis décidée de m’y lancer . Les arguments sont intéressants et peuvent interpeller de nombreuses personnes. 

Pourquoi « moins de langues »?

L’idée « moins de langues, mais mieux » a été dévéloppée par la linguiste Barbara Abdeliliah-Bauer, d’origine allemande et vivant en France. C’est en France qu’elle a élevé trois enfants dans une culture trilangue : française, allemande, arabe. Le mulitilinguisme est donc un sujet qui lui est proche du point de vue personnelle et professionnelle (ce qui est souvent le cas). Barbara Abdelilah-Bauer a écrit de nombreux ouvrages sur le bilinguisme (voir Sources) et des articles scientifiques. Aujourd’hui elle est l’un des linguistes spécialisés en bilinguisme les plus apprciés en France. Ce point de vue est également soutenu par une autre linguiste (américaine) Barbara Zurer-Pearson.  Les entretiens qu’elle a menés avec des familles multilingues l’ont confirmé à plusieurs reprises. Tout cela pour appuyer l’affiirmation que « moins de langues » n’est pas une idée farfelue, mais c’est un fruit des recherches et d’une expertise bien poussée dans le domaine d’éducation bilingue. (Je m’y prends avec des pincettes… Je sais bien que le sujet d’une éducaiton multilingue est un sujet délicat, qui tient à coeur à de nombreuses familles.)

Comment l’enfant choisit ses langues?

Pour qu’un enfant parle une langue, il a besoin d’y trouver un sens. Aucune dificulté pour la langue maternelle, elle lui est utile pour permettre de communiquer au quotidien avec son entourage. Elle lui ouvre également la porte à son univers culturel, elle fait partie de son identité car elle l’accompagne depuis toujours. C’est plus compliqué quand l’enfant est élevé dans un environnement mulitilangue. Là, un choix s’ouvre devant lui : quelle langue privilégier pour communiquer avec tel ou tel parent? Pourquoi celle-ci et pas la langue majoritaire que toute la famille connaît? Ainsi, la question qu’il faudrait se poser, serait de savoir quel sens quelle langue véhicule pour l’enfant et pourquoi. Et selon la langue que les parents souhaitent lui transmettre, se concentrer sur cette notion du sens. Sans rentrer dans les détails, cette notion peut se décliner en plusieurs axes, dont les liens émotionnels, l’attachement à la culture et d’autres. (Nous travaillons la question du sens, entre autres, lors des sessions d’accompagnement que je propose aux parents dont les enfants n’utilisent pas leurs langues minoritaires.) C’est uniquement si l’utilisation d’une langue représente pour l’enfant un véritable sens, qu’il se l’appropriera pour la pratiquer au quotidien en contacts avec son parent / ses parents.

 Trois, quatre… langues, vraiment?

Les auteurs confirment que l’introduction dans la vie de l’enfant de trois, quatre… langues contribue rarement à élever des enfants réellement multilingues. L’enfant choisira ses langues, en général deux et c’est déjà un succès pour les parents. Pourquoi je parle d’un succès? Parcr que élever un enfant qui maîtrise deux langues n’est pas malhereusement le cas de tous les parents bilingues, même s’ils s’y appliquent.

Il arrive cependant que des parents se félicitent que leur enfant de 3, 4 ou 5 ans parle quatre langues. C’est possible, même s’il est très rare qu’un enfant de 10 ou 12 parle couramment quatre langues et que cela dure jusqu’à son âge adulte. Le plus souvent l’enfant choisit la langue de sa mère (s’il en choisit une), en raison du temps qu’elle passe avec elle et de la relation qu’ils ont développée. Mais des exceptions existent, comme pour tout.

Formule magique 😉 

Pour finir, je voudrais citer la « formule magique » de Barbara Abdelilah. Ce n’est pas une formule express qui fonctionne en claquement des doigts. Ce type d’astuces est inconnu des experts en bilinguisme. Comment mettre toutes les chances de notre côté pour élever un enfant bilingue? « Moins de langues, mais plus longtemps et plus intensement. » J’aime bien cette approche réaliste. Surtout quand elle vient de quelqu’un qui a, lui-même, élevé trois enfants dans une culture trinlingue.

Qu’en pensez-vous? Etes-vous d’accord avec cette formule? Quelles sont vos expériences dans ce domaine? Je vous invite à partager vos expériences avec nous dans les commentaires de l’article.