temps

La plupart des parents multilingues qui souhaitent transmettre à leurs enfants leurs langues familiales, attachent une grande importance au temps passé avec les enfants. (Bien évidemment, de nombreux parents monolingues le font aussi 🙂 ). Ils sont particulièrement sensibles aux comportements linguistiques des enfants car leur langue maternelle (la langue minoritaire de l’enfant) est constamment en compétition avec la langue majoritaire. Ainsi, essaient-ils par tous les moyens accessibles d’augmenter, dans la mesure du possible, le temps que les enfants passent en contact de leur seconde langue. Compte tenu du fait que le plus souvent ce sont les parents qui constituent la source principale de la langue minoritaire, ils font de l’effort de se rendre disponibles pour que l’enfant puisse en bénéficier au maximum.

Trouver le temps…

La langue minoritaire peut devenir un prétexte formidable pour augmenter le temps passé avec les enfants. 

Et là, j’imagine entendre des parents dire qu’ils n’ont pas besoin de raisons supplémentaires pour passer du temps avec leurs enfants. Oui, je suis d’accord. Mais ce n’est pas le cas de tous les parents. J’ai été récemment interpellée par une étude* selon laquelle parmi onze pays riches où elle avait été menée, la France est le pays où les parents passent le moins de temps avec leurs enfants. Plus marquant encore, elle est le seul pays où la quantité de ce temps diminue depuis les années soixante. Le fait d’évoquer cette étude a pour but uniquement de montrer que ce n’est pas aussi évident que cela peut paraître, rien d’autre.

Non, ce n’est pas évident, j’entends bien. Dans la routine du quotidien, entre le travail, l’école, les devoirs, les activités, les tâches ménagères (et des moments à deux réservés aux parents), il est parfois difficile de réserver régulièrement un temps de qualité à nos enfants.

Le service rendu par la langue

La présence de notre langue maternelle nous rappelle la nécessité du temps d’exposition à langue pour les enfants. Et cela nous fait du bien, car derrière cette nécessité se cache également le besoin (le nôtre et celui des enfants). Ce rappel nous rend un immense service parce que notre motivation de transmettre la langue nous oblige à s’organiser de sorte à dégager le temps nécessaire. Et quand ce temps dans la journée arrive, nous en profitons pleinement, conscient de sa valeur.

Qu’il s’agisse de la lecture, de petits exercices de langue, d’une activité en tête à tête, d’une promenade… ce n’est pas uniquement notre langue maternelle qui est à l’honneur, mais aussi notre enfant. Et en valorisant l’enfant, nous contribuons à approfondir et enrichir notre relation, une relation parent-enfant au-delà des considérations linguistiques.

La langue, la relation et la vision du monde

La langue est un élément indissociable de la relation avec l’enfant, quelle que soit la langue. Une langue minoritaire rend cette relation encore plus extraordinaire (même si chaque relation est unique). Passer du temps avec l’enfant dans notre langue maternelle façonne le lien que nous avons avec lui, aussi bien au niveau linguistique qu’émotionnel. Comment ? A travers les mots, les gestes, les messages que nous transmettons à notre enfant dans cette langue. Ils touchent son imaginaire différemment que si nous utilisions une autre langue. Chaque langue offre à ses interlocuteurs une vision du monde différente. Le parent partage cette vision avec ses enfants influençant ainsi également leur relation réciproque. J’aime beaucoup cette réflexion du philosophe espagnol José Ortega y Gasset, selon laquelle les mots dans deux langues censées traduire la même idée ne sont jamais les traductions l’un de l’autre. A méditer…

Notre langue comme une opportunité

Le temps passe si vite, les enfants grandissent sans que nous nous en rendions compte. Ainsi, profitons du fait que nous souhaitons transmettre, développer et enrichir la langue minoritaire chez nos enfants pour leur proposer des moments agréables et mémorables. D’un côté, cela permet de créer des associations positives avec notre langue maternelle, de l’autre, d’être bien ensemble. Essayons de percevoir cette langue comme une opportunité de nous approcher de nos enfants et non pas comme un fardeau (je sais que c’est le cas de certains parents…) qu’il faut travailler le plus possible pour le mettre à niveau. Tout est question de perspective et la perspective est souvent déterminante dans la réussite du projet. Et l’éducation bilingue est un des projets les plus extraordinaires que les familles puissent vivre.

*Educational Gradients in Parents’ Child-are Time Acrosse Countries, 1965-2012, Journal of Marriage and Family, April 2016;

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